Les vendanges pourraient commencer mi-aout en 2026

Vendanges en août dans le Beaujolais : quand septembre devient presque tardif

Le 13 octobre 1955, dans le Beaujolais, on vendange. Les coupeurs avancent dans les rangs de vigne, les hottes se remplissent et les charrettes tirées par des chevaux transportent encore le raisin. À cette époque, voir les vendanges se dérouler en octobre n’a rien d’extraordinaire.

Soixante et onze ans plus tard, le décor a évidemment changé. Mais surtout, le calendrier n’est plus le même. En 2026, les premières vendanges pourraient débuter dès la mi-août dans certaines parcelles du Beaujolais.

En l’espace d’une vie, les vendanges ont presque changé de saison.

2026 : les sécateurs pourraient sortir dès la mi-août

Nous ne sommes qu’au début du mois de juillet et, évidemment, personne ne peut encore donner la date exacte du premier coup de sécateur. La météo des prochaines semaines aura son mot à dire.

Mais dans le vignoble beaujolais, les regards sont déjà tournés vers les raisins.

Après un printemps en avance, les fortes chaleurs du début de l’été ont accéléré le cycle de la vigne. Les premières estimations évoquent désormais un possible début des vendanges autour de la mi-août pour les secteurs et parcelles les plus précoces.

Une date qui peut surprendre. Le 15 août, dans le Beaujolais, nous sommes encore en plein cœur des vacances d’été. Les terrasses sont pleines, les touristes découvrent les villages et certains vignerons ont à peine eu le temps de ranger leur valise qu’il faut déjà penser aux équipes de vendangeurs et préparer le cuvage.

Pourtant, si vendanger aussi tôt reste remarquable, le mois d’août n’est plus totalement un inconnu dans le calendrier du vignoble.

En 1955, on vendangeait encore en octobre dans le Beaujolais

Les images d’archives sont presque déroutantes lorsqu’on les regarde avec nos habitudes actuelles.

Des photographies prises dans le Beaujolais le 13 octobre 1955 montrent les vendanges en cours. Pas encore de tracteurs dans les rangs : les raisins sont transportés à l’aide de charrettes tirées par des chevaux. Dans les années 1950, les vendanges se déroulent encore couramment entre septembre et octobre.

Quelques années plus tard, la mécanisation transforme progressivement le travail. Les pressoirs évoluent, les tracteurs apparaissent et les méthodes changent. Mais les archives des années 1960 montrent encore des scènes de vendanges beaujolaises au mois d’octobre.

Et puis le calendrier commence, lui aussi, à se transformer.

Pas brutalement. Pas en avançant gentiment de trois jours chaque année. La météo reste capable de produire des millésimes précoces ou tardifs. Mais sur plusieurs décennies, une tendance devient de plus en plus difficile à ignorer.

2003 devait être l’année exceptionnelle… puis août est revenu

Dans la mémoire récente du vignoble, 2003 reste une année particulière.

La canicule frappe la France et la vigne avance à une vitesse inhabituelle. Dans le Beaujolais, le ban des vendanges est fixé au 14 août. Certaines exploitations doivent s’organiser dans l’urgence.

Vendanger autour du 15 août ressemble alors à une anomalie climatique.

Mais les années passent et le mois d’août revient régulièrement dans les discussions.

Les vendanges débutent fin août en 2007, 2009, 2011, 2012, 2015, 2017 ou encore 2018. En 2020, le départ est donné autour du 20 août. En 2022, les vendanges peuvent officiellement commencer dès le 17 août.

À l’inverse, certains millésimes rappellent que la vigne n’obéit pas à un calendrier parfaitement linéaire. En 2013, il faut attendre la fin septembre. En 2021, les Gamays rouges et rosés peuvent commencer à être récoltés à partir du 13 septembre.

Le constat n’est donc pas que les vendanges avancent mécaniquement chaque année.

Le véritable changement est ailleurs : les vendanges extrêmement précoces, autrefois exceptionnelles, apparaissent désormais régulièrement dans l’histoire récente du Beaujolais.

Ce n’est pas seulement la vendange qui avance : toute la vigne change de calendrier

vendangeur coupe une grappe de gamay dans le beaujolais

Pour comprendre ce qui se passe, il faut remonter plusieurs mois avant l’arrivée des vendangeurs.

La vigne suit différentes grandes étapes. Le bourgeonnement marque le réveil de la plante. Vient ensuite la floraison, puis la véraison, cette période où le raisin évolue et où les baies de Gamay commencent notamment à prendre leur couleur. Enfin arrive la maturation.

Les données suivies dans le Beaujolais depuis plusieurs décennies montrent une évolution particulièrement visible à partir de la fin des années 1980.

Entre 1971 et 1990, la floraison moyenne était observée autour du 10 juin. Entre 1991 et 2010, elle se situe autour du 29 mai.

La véraison suit le même mouvement. D’une date moyenne proche du 6 août, elle passe autour du 24 juillet.

Autrement dit, le raisin ne se met pas soudainement à courir au mois d’août parce qu’il a fait chaud pendant quinze jours.

L’avance se construit bien plus tôt dans l’année.

Un printemps précoce peut accélérer les premières étapes du cycle. Les températures et l’ensoleillement influencent ensuite le développement de la vigne. Lorsque de fortes chaleurs arrivent sur un calendrier déjà avancé, elles peuvent encore accélérer la maturation.

C’est précisément ce qui attire l’attention en 2026 : la vigne avait déjà pris de l’avance avant les épisodes de chaleur du début de l’été.

Onze jours d’avance… ou presque un mois selon la manière de compter

Les chiffres racontent assez bien le déplacement du calendrier beaujolais.

Entre 1971 et 1990, la date moyenne du ban des vendanges se situait autour du 18 septembre. Entre 1991 et 2010, elle descend au 4 septembre. Sur la période 2011-2023, elle se situe autour du 2 septembre.

Une autre comparaison réalisée sur des périodes plus longues fait apparaître environ onze jours d’avance entre deux périodes de référence.

Mais il existe une subtilité particulièrement intéressante.

Les vignerons d’aujourd’hui ne recherchent pas nécessairement exactement le même niveau de maturité que ceux d’il y a cinquante ans.

Lors de la création du Réseau Beaujolais Maturation en 1992, le degré probable utilisé comme référence tournait autour de 10 % vol. Au fil des années, le niveau recherché s’est davantage situé autour de 11,5 à 12 % vol., avec une évolution du profil des vins vers davantage de maturité, de couleur et une acidité moins marquée.

En clair : on attend aujourd’hui des raisins plus mûrs qu’autrefois.

Et malgré cette attente supplémentaire, les vendanges ont avancé.

Lorsque les chercheurs comparent les raisins à un niveau de maturité équivalent, l’avance théorique des vendanges peut approcher un mois par rapport à la période 1971-1985.

Voilà peut-être le chiffre le plus impressionnant de toute cette histoire.

Quelques jours peuvent changer le profil d’un vin

Pour le vigneron, choisir la date des vendanges ne consiste évidemment pas à regarder un calendrier et décider que « cette année, ce sera mardi ».

Le raisin est observé, goûté et analysé.

Dans le Beaujolais, le suivi de la maturation s’appuie depuis plusieurs décennies sur un important réseau de parcelles. Les sucres, l’acidité et différents paramètres liés à la maturité sont suivis afin d’observer l’évolution du raisin.

Car sous de fortes chaleurs, quelques jours peuvent compter.

Attendre peut permettre de gagner en maturité et d’obtenir le profil recherché. Mais attendre trop longtemps peut également faire grimper le degré potentiel et réduire l’acidité.

Les analyses menées dans le Beaujolais entre 1966 et 2018 montrent ainsi une augmentation moyenne du degré probable à la vendange de 3,1 % vol. En parallèle, l’acidité totale et la teneur en acide malique ont diminué.

Pour simplifier : les raisins arrivent aujourd’hui à la vendange avec davantage de sucre et moins d’acidité qu’il y a plusieurs décennies.

Et pour un territoire dont le cépage emblématique est le Gamay, la question est loin d’être anodine.

Le Gamay face à la chaleur : comment conserver le fruit et la fraîcheur ?

Le Gamay est indissociable du Beaujolais. Son fruit, sa gourmandise et sa fraîcheur participent largement à l’identité des vins du territoire.

L’enjeu n’est donc pas simplement de produire des raisins mûrs.

Il faut réussir à conserver un équilibre.

Les professionnels du vignoble travaillent depuis plusieurs années sur différentes pistes d’adaptation. Parmi elles, une solution assez méconnue du grand public consiste à s’intéresser… aux différents Gamays.

Car tous les plants de Gamay ne se comportent pas exactement de la même manière.

Certains clones sont plus précoces. D’autres atteignent leur maturité plus tardivement. Des travaux présentés dans le Beaujolais ont notamment identifié des clones dont la maturité peut être retardée d’environ quinze jours par rapport aux plus précoces.

Le futur du Beaujolais ne passe donc pas nécessairement par l’abandon de son cépage emblématique.

Il pourrait aussi passer par une meilleure sélection des Gamays plantés, par l’adaptation des pratiques dans les vignes et par une réflexion différente selon l’altitude, l’exposition et les caractéristiques de chaque terroir.

Le Beaujolais possède justement une diversité de paysages et de situations qui pourrait jouer un rôle important dans les décennies à venir.

Quand le calendrier de la vigne rencontre celui des vacances d’été

Fin de vacances pour les sécateurs, on fait les vendanges mi-aout

Il existe enfin une conséquence beaucoup plus concrète aux vendanges précoces.

Vendanger le 15 août n’est pas la même chose que vendanger le 15 septembre.

Il faut recruter les saisonniers, constituer les équipes, organiser les logements, préparer les cuvages et mettre toute une exploitation en ordre de bataille.

Lors des vendanges, plusieurs milliers de saisonniers rejoignent le vignoble beaujolais. Pour les domaines, une avance de quelques semaines peut bouleverser une organisation préparée plusieurs mois auparavant.

En plein mois d’août, certains travailleurs saisonniers sont encore engagés ailleurs. D’autres ont prévu leurs vacances. Les logements touristiques peuvent être occupés et les équipes doivent parfois être mobilisées plus rapidement que prévu.

En 2003 déjà, la précocité exceptionnelle des vendanges avait provoqué des difficultés d’organisation.

Plus de vingt ans plus tard, la question revient.

Le calendrier de la vigne commence à entrer en collision avec le calendrier des vacances d’été.

Vendanger en août : exceptionnel aujourd’hui, banal demain ?

Personne ne peut prédire précisément la date des vendanges beaujolaises de 2030, 2040 ou 2050.

La vigne reste une plante vivante et chaque millésime conserve son histoire. Un printemps frais, des pluies, un épisode de gel ou un été moins chaud peuvent encore repousser la récolte.

2021 l’a rappelé avec des vendanges bien plus tardives que celles de 2020 ou 2022.

Mais les archives et les données suivies depuis plusieurs décennies racontent malgré tout la même histoire.

Le temps de la vigne s’est déplacé.

Peut-être qu’un jour, les habitants du Beaujolais regarderont les photographies des vendanges d’octobre 1955 avec la même curiosité que nous regardons aujourd’hui les hivers enneigés racontés par nos grands-parents.

En 2026, il est encore trop tôt pour annoncer le jour exact où les premiers sécateurs entreront dans les vignes. La météo des prochaines semaines aura le dernier mot.

Mais une chose est déjà visible, aussi bien dans les vieilles photographies que dans les données scientifiques : dans le Beaujolais, le temps des vendanges a changé.

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